Menace sur les châtaigniers

Une guêpe gallicole menace les châtaigniers Tessinois.

La guêpe gallicole Dryocosmus kuriphilus (Hymenoptera: Cynipidae) est un petit hyménoptère capable d’induire la formation de galles sur les bourgeons et les feuilles de sa plante-hôte, le châtaigniers (Castanea sativa). Les femelle force leur plante-hôte à créer la galle, en pondant un oeuf dans les tissus végétatifs comme les bourgeons par exemple. Les galles ainsi formées servent de gîte et de couvert aux larves en développement. La présence de galles affaiblit les arbres, diminue la production de châtaignes et pourraient rendre les arbres plus susceptibles à des agents pathogènes ou des stress abiotique comme une sécheresse par exemple. Certaines publication parlent de certains arbres ayant succombé à une attaque sévère et répétée par le le cynips.

Trois continents envahis.

D’origine chinoise l’agent pathogène a débuté son tour du monde par le Japon et la Corée ou elle a été aperçue pour la première fois en 1958. En 1974 elle a fait son apparition sur le continent Americain, en Georgie. En 1999, le cynips est découvert au Népal. Elle a posé ses valises pour la première fois en Europe, au Piémont (Italie) en 2002 ou elle a rapidement étendu son aire de répartition géographique. En 2005 déjà cinq régions étaient touchées (Lazio, Campania, Toscana, Abruzzo and Marche) et à ce jour elle occupe toute la péninsule italienne . Dryocosmus kuriphilus a également été découverte pour la première fois en France (Val de Blore et Isola) et en Slovénie en 2005. Le ravageur a été détecté en Hongrie en 2009 et en Croatie en 2010. La Suisse n’est pas épargnée par le problème. En 2009, le ravageur a été détecté pour la première fois au Tessin même si la présence de galles sur le terrain atteste de sa présence en 2007 déja. En 2010, les premiers foyers ont été détectés au Nord des Alpes et en 2012 certaines châtaigneraies du Chablais sont durement touchées. Cette expansion rapide est caractéristique de cette espèce qui se reproduit de manière clonale.

Moyens de lutte

Lutter contre un insectes dont les larves sont protégées à l’intérieur de galles n’est pas chose aisée. L’utilisation de pesticides à grande échelle sur des forêts est inimaginable et d’ailleurs interdite par l’Ordonnance fédérale pour la protection des plantes et par l’Office Fédéral de l’Agriculture. Tailler et brûler les branches infectées semble être la seule stratégie lors de la découverte d’un nouveau foyer d’infection afin de limiter la propagation du cynips. Interdire la commercialisation de matériel végétal castanéicole est une mesure déjà en vigueur afin d’empêcher sa propagation bien souvent liée aux activités humaines (commerce, bouturage etc.). La sélection de variétés de châtaignier résistantes au cynips n’a malheureusement pas abouti aux résultats escomptés. L’insecte a rapidement trouvé une parade et été capable de s’attaquer à ces nouvelles variétés.

Un agent de lutte biologique exotique, le Torymus sinensis pourrait être la solution à ce problème. Cet autre petite guêpe parasite (Hymenoptera: Torymidae) est capable de contrôler la population du cynips dans son aire géographique d’origine (en Chine). La femelle Torymus pond ses oeufs à l’intérieur d’une galle. Les larves, une fois éclos se nourrissent des larves de D. kuriphilus et finissent par tuer le cynips à l’intérieur des galles. Une fois adultes, le Torymus emerge de sa galle. Les femelles pourront ainsi, de proche en proche parasiter d’autres galles et ainsi eventuelement diminuer la population du ravageur.

Lutte biologique, situation en Suisse et à l’étranger

La lutte biologique classique (le lâchers d’organismes exotiques afin de diminuer la population d’un organisme indésirable) peut avoir un effet négatif sur l’environnement. L’attaque d’espèces non-ciblées, le croisement génétique avec des espèces natives ou des déséquilibres écologiques (compétition apparente, prédation intraguilde) en sont quelques exemples. L’homologation d’insectes bénéficiaires n’est pas réglementée par tous les pays européens. La Suisse possède un système d’homologation alors que d’autres pays comme l’Italie ou la France, par exemple, n’en ont pas, pour l’instant. Un des objectifs de l’Organisation internationale pour la lute biologique (OILB) est d’harmoniser les procédures d’homologations dans toute l’Europe dans l’optique d’une biosécurité accrue. Tout le monde a en tête l’exemple de la coccinelle asiatique, Harmonia axyridis, introduite en France et en Belgique qui maintenant pose des problèmes écologiques dans l’Europe entière. En effet cette espèces introduites pour la lutte biologique contre les pucerons se pose actuellement en concurrente des espèces de coccinelles natives et va même jusqu’à dévorer des larves de ces dernières, un effet non désirable à éviter.

Le cynips du châtaigniers comme cas d’école?

Le Tessin et son identité à géométrie variable, est tiraillé entre le Piémont qui propose une solution à son problème phytosanitaire actuel et Berne qui exige certaines garanties de biosécurité avant d’homologuer le Torymus en Suisse. Lors de l’arrivée du cynips au Tessin, les offices cantonaux concernés (phytosanitaires et des forêts) se sont naturellement tournés vers le Piémont qui a procédé à des lâchers du Torymus depuis 2005.

A cause de la lenteur de la procédure d’homologation du Torymus, à Berne, la colère gronde au Tessin. Des émissions et des articles de presse dénoncent ouvertement la lenteur de l’administration fédérale. Devant l’urgence de la situation, afin de calmer les attentes des producteurs de châtaignes et du publique qui voient dépérir leurs châtaigniers, certains offices cantonaux préfèrent dénoncer les procédures de l’administration fédérale plutôt que d’expliquer les différences entre le Piémont et la Suisse en ce qui concerne les procédures d’homologations au grand publique. En effet, le canton du Tessin a fait tout ce qui était possible afin d’obtenir une homologation du Torymus (comme la mise en place d’un suivi des populations du cynips par exemple). Expliquer le cadre légal d’un projet de lutte biologique classique ainsi que les différences juridiques entre le Piémont et la Suisse aurait peut-être été une meilleure stratégie.

il est intéressant de remarquer que L’histoire se répète actuellement au Chablais ou les propriétaires de châtaigneraies infectées par le Torymus se sont tournés vers les chercheurs de l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA) en France avant d’initier un dialogue avec les offices fédéraux concernés.

La recherche continue

Pendant ce temps, des recherche sur les effets environnementaux non désirables potentiels liés au Torymus sont en cours. Mandaté par l’Office Fédérale pour l’Environnement, l’Agroscope évalue les risques d’attaque d’espèces non-cibles (les galles du chêne, une biodiversité a conserver) et les risque d’hybridation avec des espèces de Torymus natives. Le but de cette étude est de pouvoir évaluer les risques environnementaux lié aux lâchers éventuels de Torymus au Tessin.

Prendre tous les aspects en considération

Une évaluation des risques-bénéfices liés à l’introduction d’un agent de lutte biologique classique dans l’environnement repose sur les aspects suivants: l’identité et les traits biologique de l’agent de lutte biologique, les atteintes potentielles à la santé humaine et animale, les risques environnementaux, l’efficacité de l’agent de lutte biologique pour lutter contre le ravageur ciblé.

MixRemix_AgroécologieBien que systématiquement mentionnée dans les procédure d’homologation, le contexte socio-économique et les aspects culturels ne sont que très rarement pris en compte. Le but de se cours est de comprendre pourquoi le cynips du châtaigniers est devenus un problème publique au Tessin et au Chablais. La réponse a cette question représentera, nous l’espérons, une première étape dans l’étude des aspects anthropologiques intimement liés à ce dossier.

24 réponses à Menace sur les châtaigniers

  1. alexaebi dit :

    Un rapport sur les enjeux écologiques et économiques liés à l’introduction éventuelle de Torymus sinensis contre le cynips du châtaignier, au Tessin. (à télécharger ici: http://www.agroscope.admin.ch/publikationen/einzelpublikation/index.html?lang=de&aid=26403&pid=26839)

  2. alexaebi dit :

    Christian Giordano (2002) « LIBERI E SVIZZERI » L’identité tessinoise ou la production sociale de la dialectique. Ethnologie française. Vol. 32, pages 295 à 309.

    Une analyse du Tessin et son identité à géométrie variable entre italianité et helveticité (à télécharger ici: http://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2002-2-page-295.htm)

  3. alexaebi dit :

    « Il castagno in pericolo » un reportage de Antonio Ferretti diffusé sur la RSI (Falo) qui illustre les points de vue diamétralement opposés entre le canton du Tessin et Berne.
    http://la1.rsi.ch/falo/welcome.cfm?idg=0&ids=0&idc=42187

  4. Entre élement du paysage et patrimoine culturel, un article sur la culture de la châtaigne
    http://www.lebendigetraditionen.ch/traditionen/00096/index.html?lang=fr

  5. Edoardo Guaschino dit :

    Le problème des chataigners peut aussi dévenir un problème économique. Ici un exemple de l’impact sur les prix : http://www.corriere.it/ambiente/11_ottobre_17/castagne-attacco-insetto_34b4a0d8-f895-11e0-a70e-53be2c0ab142.shtml

  6. Alex Aebi dit :

    Chauds, chauds les marrons, un article de Claire-Lise Droz sur la hausse du prix des marrons vendus à la Chaux-de-Fonds et ailleurs… http://www.limpartial.ch/fr/regions/montagnes-neuchateloises/chauds-chauds-les-marrons-558-1046159#comments

  7. Edoardo Guaschino dit :

    Côté santé : châtaignes et marons bénéfiques pour la prévention du diabète, maladies cardiovasculaires et cancer du colon : http://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/EncyclopedieAliments/Fiche.aspx?doc=chataigne_nu

    Potentiellement, pourrait la pénurie des châtaignes et marons (à long terme) avoir un effet sur la santé ?

  8. Edoardo Guaschino dit :

    Premières chiffres 2012 : -70% de production des châtaignes dans une région du sud d’Italie.
    http://www.ilmattino.it/articolo.php?id=222783&sez=CAMPANIA

  9. Cédric Jenni dit :

    Bonjour à tous,

    Voici un lien vers un reportage de la RTS sur la brisolée. Il est entre autre question de la notion de patrimoine. Bon visionnage

    http://www.rts.ch/video/info/journal-12h45/4347186-18eme-edition-du-festival-de-la-chataigne-de-fully-vs-entretien-avec-jean-baptiste-bruchez-grand-maitre-de-la-confrerie-de-la-chataigne.html

    à bientôt,

    Cédric

  10. Edoardo Guaschino dit :

    Quelque nouvelles du Ticino.Très intéressent, surtout l’audio. Francophones n’hesitez pas, c’est assez simple et puis ça fera de l’excercice !

    http://info.rsi.ch/home/channels/informazione/info_on_line/2012/10/11–Annata-magra-per-le-castagne-in

  11. Alex Aebi dit :

    La perte d’emploi a cause du cynips est en effet un aspect que nous nous devons de considerer

    • Edoardo Guaschino dit :

      Absolument. D’abors il faudrait définir le nombre des acteurs interessés au problème. Puis on pourrait créer des scénarios envisageables (par exemple 3) et voir potentiellement quel impact, la perte d’emploi, peut avoir sur les individus mais aussi sur les politiques sociales.

  12. Edoardo Guaschino dit :

    « En près d’un demi-siècle de métier, c’est la pire des années au niveau de la quantité » , chataignes jamais si chéres dépuis 2001. http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/rares-marrons-chauds-chers/story/24281809

  13. Edoardo dit :

    A’ propos de mobilisation des ressources….Ici un article qui parle de la création d’un syndacat national de producteurs des chataignes ! (sujet déjà mentionné à la brisolé il me semble..)
    http://www.corsematin.com/article/bastia/creation-du-syndicat-national-des-producteurs-de-chataignes.797369.html

    Et encore un article interéssant : http://www.corsematin.com/article/corse/lodarc-vient-en-aide-aux-producteurs-touches-par-le-cynips-du-chataignier.804340.html

    Un sujet qui peut réssortir est le rapport entre problème public et identité nationale.
    Ciao!!

  14. Edoardo dit :

    En Italie 60 millions d’euro perdus et 15région touchés par le cyinips. « Dans le domaine public, il faut des solutions prises par les acteurs publics » :
    http://corrieredelmezzogiorno.corriere.it/napoli/notizie/cronaca/2012/29-novembre-2012/foglia-castanicoltura-crisi-chiediamo-stato-calamita-naturale-2112936375928.shtml

  15. Edoardo dit :

    « Lorsqu’on tire sur un seul fil de la nature, on découvre qu’il est attaché au reste du monde » (John Muir)

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