Pister la pyrale: un projet de science citoyenne

La pyrale du buis

Chenille de pyrale du buis. Photo: A. Aebi

Chenille de pyrale du buis.
Photo: A. Aebi

La pyrale du buis, Cydalima perspectalis (Hymenoptera : Crambidae) (Synonymes : Diaphania perspectalis, Glyphodes perspectalis) est un papillon invasif d’origine asiatique. Ce papillon de nuit est arrivé en Europe en 2007 où il a été découvert pour la première fois à Weil am Rhein, non loin de Bâle. Cette espèce spécialiste se nourrit exclusivement de buis ; Buxus sempervirens (le buis commun) et Buxus sempervirens L. rotundifolia (une variété horticole appelée « buis à feuilles rondes ») et peut causer des dégâts considérables aux arbres en forêt ou dans les parcs et jardins urbains. En effet, les chenilles se nourrissent de feuilles et de jeunes rameaux, affaiblissant les arbres. Une attaque sévère peut entraîner une défoliation complète. En Suisse ce papillon peut avoir jusqu’à 2-3 générations par an.

Caractéristiques et biologie

Sa période d’activité s’étend d’avril à octobre. Elle passe l’hiver (diapause hivernale) sous forme de jeune chenille, dans un cocon entre deux feuilles de buis. Les chenilles sont vert clair, striées de bandes noires et blanches. Leur tête est noire et brillante. Elles peuvent atteindre 5 cm de long. Les chrysalides mesurent 2 cm et sont initialement vertes (on devine le schéma coloré des chenilles), puis bruns clairs. Les adultes sont blancs nacrés et leurs ailes sont bordées d’une fine bande brune. Une forme mélanique (plus foncée) existe aussi. Le dessin en demi lune (brun ou blanc) est caractéristique de l’espèce. Les dégâts causés sont aussi caractéristiques: des feuilles (et parfois des jeunes rameaux) dévoré-e-s, des excréments verts (puis bruns) souvent associés à la présence de soies. Attention à ne pas confondre les dégâts causés par des champignons ou d’autres insectes avec les dégâts causés par la pyrale du buis (pour plus d’information, voir le document suivant).

Comment est-elle arrivée en Suisse?

La commercialisation du buis comme plante d’ornement est responsable de sa dissémination sur des grandes distances. Par exemple, nous savons que les premiers foyers d’infection ont été découverts à proximité d’un centre commercial vendant des matériaux de construction en provenance de la Chine.

Quels sont les risques ?

La pyrale du buis cause des dégâts considérables au buis. En milieu urbain (jardins privés, parcs publics) elle peut occasionner des coûts économiques en cas de nécessité de remplacement des arbres atteints. En pépinière, une attaque de pyrale peut se traduire par des pertes économiques pour les producteurs. En milieu naturel, la pyrale du buis peut probablement déstabiliser un écosystème naturel entier. En effet, les buis sont des éléments centraux de buxaies, un sous-bois typique de nos régions. Leur disparition pourrait entrainer des modifications des communautés végétales et animales vivant dans cet écosystème.

En raison de ces risques, la pyrale du buis a été inscrite sur une liste des espèces à surveiller par les pays membres de la Communauté européenne en 2007 (EPPO Alert list http : https://www.eppo.int/QUARANTINE/Alert_List/alert_list.htm). L’objectif de cette liste est d’informer les pays membres sur la présence de ravageurs représentant un risque environnemental. Depuis, la pyrale du buis a été retirée de cette liste car l’EPPO (Organisation européenne et méditerranéenne de protection des plantes) a jugé que les pays membres ont été suffisamment informés et qu’ils ont pris les mesures adéquates. Même si la pyrale du buis cause encore des dégâts importants dans les forêts, jardins publics et propriétés privées, elle n’est donc pas considérée comme une espèce de quarantaine, ce qui implique qu’il n’y a aucune obligation de lutte contre cet insecte en Europe et en Suisse.

Pister la pyrale du buis: un projet de « sciences citoyennes »

La pyrale du buis est au centre d’un projet qui s’inscrit dans le cadre d’une démarche nouvelle dans les sciences naturelles, couramment appelée « sciences citoyennes ». En réalité, les collaborations entre scientifiques et amateurs de la nature ne datent pas d’hier : historiquement, les sciences se sont développées en lien étroit avec les praticiens qualifiés aujourd’hui « d’amateurs ». Les sociétés de naturalistes, notamment, ont depuis des siècles largement contribué à faire avancer nos connaissances sur nos milieux naturels. Après une période de mise en veille, liée à la professionnalisation des sciences dans les universités, ces collaborations intéressent à nouveau les milieux scientifiques, qui y voient une manière innovante d’impliquer les citoyens dans l’étude des problèmes environnementaux qui nous entourent, ainsi que dans la recherche de solutions par le biais d’une participation active des acteurs de la société civile. Notre projet prend appui sur cette démarche. Par ailleurs, nous éprouvons un grand plaisir à travailler avec ces        « amateurs », souvent fortement motivés, soucieux de pouvoir s’impliquer dans la prise en charge de leur cadre de vie et de leur environnement naturel.

Concrètement, notre projet est né d’un appel à contribution lancé lors d’une conférence publique donnée dans le cadre de l’Université de troisième âge (U3A) de l’Université de Neuchâtel. Après avoir exposé la démarche « sciences citoyennes » au public, nous avons sollicité des noms de personnes intéressées à poursuivre une expérience de sciences citoyennes avec nous. Une concertation subséquente nous a permis de choisir notre problématique de recherche – la pyrale du buis – et d’organiser des séances d’information avec nos partenaires citoyens. Aujourd’hui, la démarche se poursuit avec la mise en place d’un protocole de suivi pour cartographier la présence de la pyrale dans la région de Neuchâtel et une réflexion commune sur les moyens mobilisables pour lutter contre cet insecte dans les parcs publics.

Objectifs du projet

Nos objectifs initiaux dans ce projet étaient de deux ordres. D’une part, nous cherchions à profiter de l’intérêt de ce groupe d’amateurs de la nature, motivés à suivre avec nous la propagation de la pyrale dans les buis de la région neuchâteloise, pour récolter des données indispensables à la compréhension scientifique de ce phénomène d’invasion biologique (La distribution actuelle de la pyrale du buis dans le canton de Neuchâtel peut être visualisée sur la page internet suivante : http://plus.epicollect.net/Pyrale). D’autre part, nous souhaitions documenter la perception qu’avaient les privés, les autorités et les chercheurs du problème de la pyrale, ainsi que les modalités de collaboration entre ces acteurs, pour en saisir leur potentiel d’innovation et d’apprentissage.

Dès nos premières rencontres de travail, nos objectifs se sont étendus, en réponse aux attentes et aux motivations du groupe de citoyens-scientifiques. En effet, constatant les risques de dégâts environnementaux et patrimoniaux posés par la présence de la pyrale à Neuchâtel, notamment dans les bois de l’Abbaye de Fontaine-André et dans les jardins du Palais du Peyrou, les citoyens impliqués dans ce projet ont exprimé le fort souhait que nous « passions à l’action », d’une part pour prévenir les propriétaires privés de buis et leurs donner quelques pistes pour lutter contre la pyrale, d’autre part pour alerter la Ville de Neuchâtel de l’importance que représentaient à leurs yeux les jardins historiques de la ville.


Comment lutter contre la pyrale du buis?

Sachant qu’il sera impossible de se débarasser complétement de la pyrale du buis et qu’il faudra apprendre à vivre avec, la première question à se poser est « est-ce que je veux conserver mon buis ? »

• Si la réponse est oui, il faut savoir qu’il sera alors nécessaire de traiter son buis pour lutter contre la pyrale du buis, au moins deux fois par an. Pour cela, nous préconisons l’utilisation de spores de Bacillus thurigensis (BT), une bactérie entomopathogène, commercialisée sous l’appellation « Delfin » par Andermatt Biocontrol. Il convient alors de pulvériser les spores de BT sur les buis infestés par des chenilles de stades 1 à 3. Nous nous efforcerons, sur cette page, d’informer le public sur les périodes propices de traitement. A cette fin nous avons installé un réseau de pièges à phéromones pour la capture des adultes. Savoir à quel moment les adultes sont actifs permet d’identifier la meilleure période pour un traitement.

Par ailleurs, au début de l’attaque, il est possible de lutter mécaniquement contre la pyrale du buis en coupant les rameaux infectés à l’aide d’un sécateur ou en battant le buis avec un bâton afin de faire tomber les chenilles au sol. Certains préconisent aussi l’utilisation d’un karcher (à basses températures) pour laver les buissons infectés. Par contre, pour des raisons écologiques, nous décourageons l’utilisation d’insecticides chimiques.

• Si la réponse est non, il conviendra d’arracher le buis et de planter une essence native comme l’if ou alors une haie mixte qui favorisera la biodiversité.


Qui sommes-nous ?

Notre équipe interdisciplinaire est constituée de chercheur-e-s à l’Université de Neuchâtel formé-e-s dans les domaines de la biologie des écosystèmes, de l’ethnologie et de la psychologie et éducation, avec un intérêt partagé pour l’innovation pédagogique et scientifique. Dr. Alexandre Aebi, Maître d’enseignement et de recherche en agroécologie, est biologiste de formation et spécialiste de la lutte biologique et de l’évaluation des risques environnementaux. Dr. Ellen Hertz est professeure d’ethnologie et responsable, avec Dr. Aebi, de la filière « biologie-ethnologie » à l’Université de Neuchâtel. Dr. Laure Kloezter est psychologue, spécialiste de la psychologie du travail et des organisations et impliquée dans le suivi de plusieurs projets de sciences citoyennes. Enfin, Julie Zaugg est étudiante en biologie au niveau Master, et collaboratrice scientifique sur notre projet.

Les médias en parlent

Aline Botteron (2016) Des seniors à l’affût de la pyrale du buis. Vivre la ville. Numéro 23. 06.07.2016 PDF

Bibliographie

Michel V, Engesser R, (2009) Les maladies du buis. Station de recherche Agroscope Changins-Wädenswil ACW, Centre de recherche Conthey, http://www.acw.admin.ch, consulté le 14 juin 2016.

La pyrale du buis Cydalima perspectalis – une espèce nuisible envahissante en Suisse et dans le Jura. CABI-Switzerland http://www.jura.ch/Htdocs/Files/v/14288.pdf, consulté le 14 juin 2016.

Cheikhravat P., Bovigny P.-Y. et Lefort. F (2012) La pyrale du buis, Cydalima perspectalis. Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture.

EPPO data sheet on Diaphania (Cydalima) perspectalis https://www.eppo.int/QUARANTINE/Alert_List/deletions.htm, consulté le 14 juin 2016.

Documents utiles
Formulaire d’échantillonnage sur le terrain Questionnaire_Pyrale du buisV2
Modes d’emploi pour l’utilisation d’Epicollect+ Epicollect

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Vous pouvez nous contacter à l’aide du formulaire ci-dessous ou contribuer à nos observations de terrain en enregistrant vos découvertes de pyrale du buis :
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• Ou en remplissant le formulaire suivant.

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3 réponses à Pister la pyrale: un projet de science citoyenne

  1. aebia dit :

    Installation de pièges à pyrale du buis pour surveiller l’émergence des adultes, annonciateurs de la deuxième génération.

  2. aebia dit :

    Contrôle des pièges: pas de papillons (23.06.2016)

  3. aebia dit :

    Contrôle des pièges: deux adultes (25.06.2016). Les adultes vivent 8 jours environ. Pendant cette période, des oeufs seront pondus sur les feuilles de buis. Les chenilles de la deuxième génération émergeront 7-10 jours après le vol des adultes. Il sera alors temps de faire un traitement avec Bacillus thurigensis (delfin).

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